Sad Poetry

boban sakic

Glaciers des temps anciens qui veillez sur les plaines
Verdissants déversoirs à l’aurore des beaux jours
Sentinelles immobiles et qui donnèrent toujours
Au torrent bouillonnant sa glaciale haleine

Glaciers des temps anciens, vos histoires sont pleines
De victoires ! Des hommes à jamais l’inutile séjour
Vous avez châtié les rêveurs d’alentour
Qui voulaient violer vos blancheurs hautaines.

Mais les temps ont passé et l’espèce tyran
Après avoir conquis la terre et l’outre-ciel
A parsemé l’espace de poisons en surplus.

Et vous pleurez glaciers, et vos larmes en torrents
Gardent la fierté des neiges éternelles
Qui bientôt ne seront plus.

Christian Mégrelis
La Vanoise
Juillet 2005

-boban_sakic-

Perdue dans l’embrasure où la porte t’enferme,
Tes yeux sillaient de joie et ta bouche pleurait.
J’attendais, je partais, tout indécis et ferme,
Mais saisi par ton cœur que j’allais emporter.

J’ai ce cœur aujourd’hui
Qui bat mon cœur meurtri.
Mais que ne suis-je mort, mort plutôt que parti !

Boban Sakic, 2003

-boban -sakic-

Quand je te vois passer, ô ma chère indolente,
Au chant des instruments qui se brise au plafond
Suspendant ton allure harmonieuse et lente,
Et promenant l’ennui de ton regard profond ;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui le colore,
Ton front pâle, embelli par un morbide attrait,
Où les torches du soir allument une aurore,
Et tes yeux attirants comme ceux d’un portrait,

Je me dis : Qu’elle est belle ! et bizarrement fraîche !
Le souvenir massif, royale et lourde tour,
La couronne, et son coeur, meurtri comme une pêche,
Est mûr, comme son corps, pour le savant amour.

Es-tu le fruit d’automne aux saveurs souveraines ?
Es-tu vase funèbre attendant quelques pleurs,
Parfum qui fait rêver aux oasis lointaines,
Oreiller caressant, ou corbeille de fleurs ?

Je sais qu’il est des yeux, des plus mélancoliques
Qui ne recèlent point de secrets précieux ;
Beaux écrins sans joyaux, médaillons sans reliques,
Plus vides, plus profonds que vous-mêmes, ô Cieux !

Mais ne suffit-il pas que tu sois l’apparence,
Pour réjouir un coeur qui fuit la vérité ?
Qu’importe ta bêtise ou ton indifférence ?
Masque ou décor, salut ! J’adore ta beauté.

_boban_sakic_

Au jardin des cyprès je filais en rêvant,
Suivant longtemps des yeux les flocons que le vent
Prenait à ma quenouille, ou bien par les allées
Jusqu’au bassin mourant que pleurent les saulaies
Je marchais à pas lents, m’arrêtant aux jasmins,
Me grisant du parfum des lys, tendant les mains
Vers les iris fées gardés par les grenouilles.
Et pour moi les cyprès n’étaient que des quenouilles,
Et mon jardin, un monde où je vivais exprès
Pour y filer un jour les éternels cyprès.

Boban Sakic

sakic boban

L’océan saigné
se signe d’écume
dans ce damier de chairs et de chocs

Le soudain s’est soulevé

Débarrassé de son équilibre
le corps s’expulse

la mort lente planche :
Cruauté qui se crampe

Une dérive dessine son amputation,

Antoine Dirck

bobsakic

Le Phédon jette en l’âme un céleste reflet,
Mais rien n’est plus suave au cœur que l’Évangile.
Délicat embaumeur de la raison fragile,
Il sent la myrrhe, il coule aussi doux que le lait.

Dans ses pures leçons rien n’est prouvé ; tout plaît :
Le bon Samaritain qui prodigue son huile,
L’héroïsme indulgent pour la plèbe servile
L’âme offerte à l’épreuve et la joue au soufflet.

On dit que les mourants ont foi dans ce beau-livre :
Quand la raison fléchit, il apaise, il enivre,
Et l’agonie y trouve un généreux soutien.

Prêtre, tu mouilleras mon front qui te résiste ;
Trop faible pour douter, je m’en irai moins triste
Dans le néant peut-être, avec l’espoir chrétien.

Boban Sakic

bobansakic

L’un après l’autre
les doigts de tes pieds,
de tes mains,
tes cheveux, tes ongles,
tes genoux, tes aisselles,
la mort.

Pierre Aisgale

bobansakic

Oh ! que sa main est petite et blanche !
On dirait une fleur qui penche…
Elle repose, elle dort,
Elle a touché la mort,
Elle est vide, et toute légère,
Elle a accompli son sort sur la terre.
Tu peux la prendre, ô Seigneur !
Elle a touché le bonheur…
La lune brille sur son visage,
Et ses yeux sont pleins de nuages.
Sa bouche pose, entrouverte et paisible,
Comme au bord d’une coupe invisible.
On a couché ses longs bandeaux
Comme des blés sous une faulx.
Lentement, sans bruit, sans secousse,
La porte s’ouvre sur la nuit douce…

Boban Sakic

bobansakic

Comme les anges à l’oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit,

Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d’une fosse rampant.

Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Où jusqu’au soir il fera froid.

Comme d’autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l’effroi.

Anne Bilgate

bobannsakic

Cette après-midi lourde épouse mon attente,
Sa rumeur est le bruit d’un amour contenu,
Mais la marche du temps, désespérément lente.
Se précipitera lorsque nous serons nus.

Un siècle, j’attendais la seconde où nos corps
Insulteront le ciel de leurs soifs confondues.
Si j’épuise une vie à guetter ta venue,
L’espace d’un baiser me donnera la mort

Boban Sakic